Préserver un témoin de l’histoire de la radiodiffusion ou faire place à plus de 1600 nouveaux logements? À Windsor, l’ancien édifice de la station de radio CKLW est devenu le point de rencontre de deux priorités bien différentes : protéger le patrimoine culturel de la ville tout en répondant à la crise du logement.
Le conseil municipal de Windsor a annoncé, le 1er juin dernier, son intention de désigner l’immeuble situé au 825, promenade Riverside Ouest comme bien d’intérêt patrimonial culturel en vertu de la Loi sur le patrimoine de l’Ontario.
Construite en 1954, la bâtisse n’est pas un immeuble comme les autres. Érigée spécialement pour les besoins de la station de radio et de télévision CKLW, elle a accompagné l’essor de la radiodiffusion de la musique Motown, pour les populations afrodescendantes aux États-Unis. De 1954 à 1972, CKLW y a exploité ses installations avant de céder la place à Radio-Canada, qui y produit toujours sa programmation.
Depuis plus de 70 ans, l’édifice est demeuré consacré aux communications, un héritage que la Ville souhaite désormais reconnaître officiellement.
Cette démarche patrimoniale survient à un moment charnière. Le promoteur Auburn Developments Inc., du Sud-Ouest ontarien, souhaite transformer ce vaste terrain riverain, à l’angle de Riverside Ouest et de l’avenue Crawford, en un important complexe résidentiel.
Son projet prévoit la démolition de l’édifice actuel afin d’y construire cinq tours d’habitation et des maisons en rangée, avec un total de 1602 logements.
Un rapport publié en septembre 2025 sonnait déjà l’alarme sur la pénurie de logements et la hausse du coût de l’habitation dans la région. Selon cette évaluation, la ville devra construire 40 840 nouveaux logements d’ici 2035 pour répondre à la demande, dont environ 6126 logements abordables. Ce contexte explique pourquoi les autorités municipales cherchent à favoriser la création de nouvelles unités résidentielles, tout en conciliant les impératifs de développement avec la protection du patrimoine
L’obtention d’une désignation patrimoniale ne rendrait pas le bâtiment intouchable, mais elle changerait considérablement les règles du jeu. Toute démolition ou modification majeure devrait recevoir l’approbation de la Ville, qui disposerait ainsi d’un pouvoir accru pour protéger les caractéristiques patrimoniales de l’immeuble ou négocier leur intégration au futur projet.
L’édifice figure déjà au registre du patrimoine municipal, mais cette inscription offre une protection limitée. Une désignation officielle confierait à la municipalité des leviers supplémentaires pour encadrer son avenir.
Selon le site Web de la Ville, la préservation du patrimoine fait partie intégrante de la planification urbaine. Les projets de développement sont évalués afin de limiter leurs impacts sur les bâtiments et les sites d’intérêt patrimonial, notamment grâce aux processus de zonage, aux plans d’implantation et aux autres mécanismes d’approbation.
Malgré les discussions qui entourent l’avenir du site, Radio-Canada assure que ses activités se poursuivent normalement.
Le diffuseur public n’a pas répondu aux questions concernant les répercussions éventuelles de la désignation patrimoniale ou du projet immobilier, mais confirme que le bail de ses installations, qui arrive à échéance en septembre 2029, sera respecté.
« Nous ne prévoyons aucune incidence sur notre programmation », a indiqué Leon Mar, porte-parole de Radio-Canada.
Pour l’instant, l’avenir de l’édifice demeure suspendu à une décision du conseil municipal. Au-delà d’un simple bâtiment, c’est un symbole de l’histoire médiatique de Windsor qui se retrouve aujourd’hui au coeur d’un délicat exercice d’équilibre entre mémoire collective et développement urbain.
Photo : L’édifice de Radio-Canada situé au 825, promenade Riverside Ouest (Crédit : Tom Sobocan)




