Et si l’on redécouvrait Chatham-Kent à travers les yeux de ceux qui la connaissent le mieux? Entre paysages saisissants, portraits expressifs et créations originales, la biennale Eye4Art invite le public à découvrir les artistes locaux et à porter un regard nouveau sur les lieux et les histoires qui façonnent l’identité régionale.
Chrismène Dorme – IJL – Le Régional
Depuis le 24 octobre, le public peut découvrir les créations présentées à la Thames Art Gallery Galerie. Fondée en 1983, Eye4Art est une exposition biennale. Les œuvres sont sélectionnées par un jury composé de quatre membres issus de différents milieux artistiques de la municipalité, notamment de Wallaceburg et de Highgate dans le Sud-Ouest ontarien.
Les amateurs d’art sont invités à explorer une grande variété de techniques et de matériaux, entre assemblage, dessin, peinture, photographie, sculpture et arts textiles. « Les œuvres présentées peuvent sembler familières, mais elles n’ont pourtant jamais été exposées auparavant », souligne Danielle Coleman-Cattor, conservatrice adjointe par intérim des galeries de Chatham-Kent.
Pour cette édition, près de 80 créations ont été retenues, ce qui témoigne de la diversité des approches et des sensibilités artistiques présentes à Chatham-Kent. Parmi les artistes présentés figurent Carrie Rose et ses paysages dont August Morning (2026), une peinture à l’huile d’un réalisme saisissant, tandis que le photographe Scott Taylor explore le territoire à travers son objectif.
Le céramiste francophone François Grenier expose quant à lui, Les Imbéciles 2 (2024), une installation composée de cinq têtes sculptées en céramique, fixées au mur. Leurs expressions variées évoquent des émotions telles que la rage, le cynisme, la peur, le dégoût et la colère.
À l’origine, l’artiste avait imaginé un projet beaucoup plus vaste, qui devait réunir 80 têtes en céramique blanche. Le titre fait écho, selon lui, à l’humanité actuelle et aux émotions suscitées par certaines décisions, notamment sur le plan gouvernemental.
Les regards des sculptures, volontairement détournés, ajoutent à leur caractère singulier. Pourtant, François Grenier ne cherche pas à imposer une lecture précise de son travail. Il préfère laisser chacun se faire sa propre opinion, sans dicter de message.
Présent au vernissage, l’artiste souhaitait observer les réactions du public. « J’avais besoin d’être présent et je voulais savoir comment les visiteurs réagiraient », affirme-t-il.
Installé à Chatham-Kent depuis 2017, François Grenier s’implique également dans la vie artistique locale, notamment auprès du Conseil des arts de la région. Son engagement nourrit sa réflexion sur la place de la culture dans la communauté.
« Depuis de nombreuses décennies, des études démontrent que les beaux-arts et l’art améliorent la qualité de vie des gens et favorisent le tourisme. Si les arts étaient beaucoup plus vivants, ils pourraient amener davantage de personnes à venir vivre dans la région », explique François Grenier, qui déplore également le manque de financement accordé au milieu artistique.
Cette réflexion rejoint l’un des objectifs d’Eye4Art : soutenir la création et les espaces culturels locaux. « Les ventes réalisées lors de cet événement contribuent à la pérennité des programmes artistiques et des espaces culturels », explique Mme Coleman-Cattor.
Pour l’équipe de la galerie, Eye4Art ne se limite pas à présenter des créations. Le rendez-vous cherche aussi à faire naître des échanges entre les artistes et les amateurs d’art.
« Nous pensons qu’elles éveilleront des souvenirs liés à Chatham-Kent », indique Danielle Coleman-Cattor, qui espère que la biennale encouragera également les visiteurs à partager leurs histoires personnelles et leur regard sur la région.
Présentée jusqu’au 31 janvier 2027, l’exposition invite ainsi le public à regarder Chatham-Kent autrement, à découvrir les talents qui s’y expriment et, peut-être, à y retrouver un peu de sa propre histoire.
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Photo : Lors du vernissage, de nombreuses personnes sont venues admirer les créations et échanger autour de l’art local. (Photo : Municipalité de Chatham-Kent)




