Le 23 juillet à Windsor, le Réseau-femmes du Sud-Ouest de l’Ontario a poursuivi sa série d’ateliers destinés aux hommes immigrants francophones. Intitulée Pression culturelle et identité masculine en contexte d’immigration, cette rencontre visait à amener les participants à réfléchir à l’influence des différences culturelles sur leur identité masculine et à la manière de préserver leurs valeurs tout en s’intégrant à la société canadienne.
Animé par le psychothérapeute Kerry Menelas, l’atelier faisait partie d’une série consacrée aux réalités vécues par les hommes immigrants francophones. Au cœur des échanges, les participants étaient invités à partager leur parcours, les défis de leur intégration et les changements qu’ils ont dû apprivoiser depuis leur arrivée au Canada.
« J’ai posé des questions sur leur culture et sur la façon dont ils s’adaptent au système canadien. L’objectif était qu’ils apprennent à se reconnaître, à ne pas s’oublier ni s’effacer, mais à s’adapter en conservant les valeurs de leur pays d’origine tout en tenant compte de celles de leur société d’accueil. Il s’agit d’apprendre de cette nouvelle société sans renoncer à son identité », explique-t-il.
Le psychothérapeute estime que ce type d’atelier répond à un besoin souvent peu abordé : « Beaucoup d’hommes se sentent oubliés ici. Au Canada, on parle beaucoup des femmes, grâce à des organismes tel que le Réseau-femmes, mais il existe peu d’espaces où les hommes peuvent parler de leurs défis. Je voulais leur offrir un endroit où ils puissent être vulnérables, raconter leur histoire et réaliser qu’ils ne sont pas seuls à vivre ces expériences ».
Conçu sous forme de discussion interactive, l’atelier a permis aux participants d’échanger sur leur expérience de l’immigration, les réactions de leurs proches, les défis rencontrés à leur arrivée et les différences culturelles qui influencent leur quotidien. Les conversations ont également porté sur la parentalité en contexte migratoire. Plusieurs ont souligné que leurs enfants, qui apprennent rapidement l’anglais, deviennent parfois leurs interprètes lors de rendez-vous ou de démarches administratives. Ce renversement des rôles peut ébranler certains repères familiaux et remettre en question l’autorité parentale.
Les participants ont également discuté de l’importance de bâtir un réseau social afin de briser l’isolement et de mieux composer avec les difficultés liées à l’intégration. Pour favoriser un climat de confiance, Kerry Menelas avait invité chacun à s’exprimer au « je », à faire preuve de respect et à préserver la confidentialité des témoignages en évitant de nommer d’autres personnes. Cette approche a favorisé des échanges riches et authentiques.
Parmi les témoignages, celui d’un participant concernant les allocations familiales a particulièrement retenu l’attention. Dans son pays d’origine, cette aide financière était versée sur le compte bancaire du père. À son arrivée au Canada, il a découvert que les prestations étaient déposées sur le compte de son épouse. Ce changement, bien qu’il s’inscrive dans le fonctionnement du système canadien, a profondément remis en question sa perception de son rôle au sein de la famille.
« Dans mon pays, c’était la femme qui demandait l’argent au mari. Ici, je n’ai plus ce contrôle. Je ne sais pas toujours quand l’argent arrive, ni combien est versé », a-t-il confié, illustrant le choc culturel que certains hommes vivent dans leur adaptation à de nouvelles normes sociales.
Pour Kerry Menelas, la qualité des échanges constitue la plus grande réussite de cette rencontre. « Ce qui m’a marqué, c’est que les participants se sont sentis suffisamment en confiance pour être vulnérables et partager leur vécu. Parler de choses aussi personnelles demande beaucoup de courage et de respect », affirme-t-il.
Les discussions se sont poursuivies bien après la fin officielle de l’atelier. Plusieurs hommes sont restés pour échanger individuellement avec l’animateur sur des sujets qu’ils n’osaient pas aborder devant le groupe, tandis que d’autres ont continué leurs conversations entre eux. Plusieurs auraient souhaité que la rencontre se prolonge davantage.
Au-delà des réflexions sur l’identité masculine, l’atelier a permis de créer un véritable espace d’écoute et de solidarité. Plusieurs participants ont évoqué la difficulté de recommencer leur vie à zéro, de perdre leur statut professionnel ou de devoir rebâtir une carrière dans un nouveau pays. En découvrant que d’autres partageaient les mêmes épreuves, ils ont développé un sentiment d’appartenance et ont commencé à tisser des liens qui se sont poursuivis après l’activité, démontrant l’importance de ces espaces de dialogue pour favoriser l’intégration des hommes immigrants francophones.
Photo (Crédit Réseau-femmes) : Des participants à l’atelier




