Olaïsha Francis
À l’occasion du Mois de la Francophonie, un groupe de discussion bilingue et hybride a rassemblé à l’Université de Windsor des étudiants, des employés et des membres de la communauté pour discuter de la vitalité et l’avenir des communautés francophones à Windsor-Essex.
La présence francophone dans le sud-ouest de l’Ontario remonte à l’époque de la Nouvelle-France. Dès le XVIIIe siècle, des francophones se sont installés le long de la rivière Détroit, faisant de cette région un des plus anciens centres francophones en Ontario. Au fil du temps, cette population a évolué. Elle a traversé des périodes d’assimilation, tout en maintenant sa culture grâce aux écoles, aux paroisses et aux organismes locaux.
Aujourd’hui, la francophonie locale ne se limite plus aux racines canadiennes-françaises. Elle s’enrichit avec l’arrivée d’immigrants venus d’Afrique, d’Europe et du Moyen-Orient. Ce changement redéfinit l’identité francophone en la rendant plus diverse et dynamique. Pourtant, cette transformation pose des défis, notamment pour l’intégration, la rétention et l’accès aux services en français. Ces questions ont été au cœur des échanges lors de la discussion.
Le manque d’engagement par les communautés francophones à des activités organisées en français était un des sujets abordés. Certains membres de la communauté ont remarqué ce manque d’engagement parmi les francophones qui ont grandi au Canada.
Quand certaines communautés francophones immigrantes organisent des soirées, c’est souvent salle comble, mais avec peu de francophones de souche. « Les organismes francophones locaux devront travailler davantage les concepts d’inclusivité et d’appartenance reliés aux activités francophones communautaires », constatent certains panélistes qui ont bien adressé ce concept par rapport à la programmation que leurs organismes sont en train d’offrir aux francophones de la région.
L’événement avait pour but d’informer la communauté universitaire sur la réalité francophone locale tout en soulignant sa richesse, son histoire et son évolution. Les intervenants ont présenté un tableau nuancé d’une communauté vivante mais confrontée à des difficultés constantes, surtout en ce qui concerne l’accès aux services en français et la visibilité.
Une priorité a clairement émergé lors des discussions : renforcer la présence du français dans la région. Les panélistes ont relevé qu’en dépit d’une communauté bien établie, les services publics en français restent rares. Cela pousse souvent les francophones à utiliser l’anglais pour gagner du temps ou faciliter les démarches.
« Il y a aussi le défi d’attirer et de garder les jeunes et les immigrants dans la région. Ils préfèrent souvent aller vers des villes comme Toronto ou Ottawa, qui sont plus diversifiées que Windsor. Pour qu’ils restent, il faut qu’ils voient le français non seulement comme un atout, mais comme une vraie opportunité dans des métiers qui recherchent des personnes bilingues », a expliqué Yasmine Joheir, directrice générale du Centre communautaire francophone Windsor-Essex-Kent.
De son côté, Jeremy Worth, professeur à l’université, a présenté les initiatives académiques en cours et à venir. Il a notamment parlé des cours et des possibilités destinés à renforcer la présence du français dans les différentes facultés, ce qui est essentiel pour soutenir la relève francophone.
Enfin, Victorieuse Sambao, intervenante à Chapitre jeunesse, a souligné l’importance des activités parascolaires. Elle a présenté une série d’ateliers destinés à offrir aux jeunes des espaces où s’exprimer et socialiser en français afin de renforcer leur sentiment d’appartenance.
Au-delà des constats, les panélistes ont aussi invité les étudiants à s’engager davantage. Ils sont encouragés à jouer un rôle actif pour rapprocher l’université et la communauté francophone en multipliant les initiatives et en valorisant le bilinguisme comme un avantage professionnel. Ce dialogue montre une volonté partagée de faire du français un moteur de développement à Windsor-Essex tout en assurant sa transmission aux générations futures.
Photo : De gauche à droite : la modératrice Emmanuelle Richez, Victorieuse Sambao, Jeremy Worth et Yasmine Joheir. (Crédit : Tom Sobocan)






