Alors que l’Ontario injecte des milliards pour transformer son système éducatif et promettre une meilleure réussite aux élèves, sur le terrain, des communautés s’organisent pour relever un défi tout aussi crucial : aider les familles immigrantes à comprendre et à apprivoiser le système scolaire.
Chrismène Dorme – IJL – Le Régional
Le gouvernement ontarien annonçait le dépôt de la Loi de 2026 donnant la priorité à la réussite des élèves le lundi 13 avril. Objectif affiché : renforcer la supervision des conseils scolaires, améliorer leur responsabilisation et offrir des parcours d’apprentissage plus cohérents afin de mieux préparer les jeunes aux emplois de demain. Cette réforme s’appuie sur un investissement massif de 30,3 milliards $, destiné à concentrer les ressources là où elles ont le plus d’impact : la réussite des élèves.
Cependant, sur le terrain, une autre réalité persiste, notamment pour les familles immigrantes, souvent confrontées à la complexité du système éducatif. C’est dans ce contexte que, le 18 avril à Windsor, l’Association des Camerounais du Sud-Ouest (ACSO) a proposé, en partenariat avec BOB.Éducation.Conseil (BOB.ED.CON) une plateforme d’éducation pour les francophones et pour la communauté noire, un séminaire destiné à mieux outiller ces familles.
La rencontre a réuni près de 80 participants. Robert Powo, enseignant au secondaire, consultant en éducation et formateur certifié Microsoft, était l’animateur du séminaire. Selon cet acteur engagé du milieu éducatif franco-ontarien, le principal défi dépasse la simple inscription des enfants à l’école.
« Il est important de se demander si les parents ont réellement découvert le système franco-ontarien », nuance-t-il. Selon lui, inscrire son enfant ne signifie pas nécessairement comprendre les rouages du système ni les responsabilités qui incombent aux parents.
Le séminaire visait ainsi une prise de conscience essentielle : « Le parent est le premier éducateur de l’enfant », rappelle-t-il, en référence à la Loi ontarienne sur l’éducation. Une réalité parfois méconnue, mais centrale pour le bien-être et la réussite scolaire.
Les discussions ont également souligné un autre enjeu : l’implication des parents dans les structures scolaires. Participer aux conseils de parents, faire entendre sa voix et poser des questions sont autant de leviers encore sous-utilisés. « Beaucoup de parents se posaient des questions depuis longtemps sans savoir à qui s’adresser », explique Robert Powo.
Parmi les préoccupations récurrentes, le choix de carrière des enfants reste flou pour de nombreuses familles. « Beaucoup ne comprennent pas de quoi il s’agit », et pointe un manque d’information et d’accompagnement.
Les technologies représentent un autre défi. Si les élèves sont familiers avec les outils numériques, ils ne les maîtrisent pas nécessairement à des fins éducatives. Quant aux parents, ils se sentent souvent dépassés. Pourtant, insiste M. Powo, ces outils constituent « un apport majeur dans l’apprentissage des jeunes ».
Le séminaire a aussi été l’occasion d’échanges entre parents, notamment grâce aux témoignages de participants plus expérimentés. Une dynamique saluée par Florence Makuetche, membre de l’ACSO et nouvellement arrivée au Canada.
« J’ai moi-même rencontré des difficultés en arrivant ici », confie-t-elle. Mme Makuetche, elle-même parent, insiste sur l’importance de chercher activement l’information et de maintenir une communication constante avec les enfants. Parmi les solutions évoquées : collaborer avec les enseignants, identifier les difficultés particulières de chaque élève et recourir aux ressources locales, comme les bibliothèques.
La question du faible niveau de lecture en Ontario a également été soulevée, amenant les participants à réfléchir au partage des responsabilités entre parents, enseignants et système éducatif. Au-delà de cette rencontre, l’initiative s’inscrit dans une ambition plus large pour l’ACSO : devenir un véritable pont entre la communauté et les institutions. L’association souhaite désormais aller au-delà des activités culturelles pour jouer un rôle actif dans l’accompagnement éducatif.
Face à l’engouement suscité, une seconde édition est déjà envisagée. « Le temps ne nous a pas permis de répondre à toutes les préoccupations », reconnaît Robert Powo. L’objectif est clair : mieux préparer les parents à la prochaine année scolaire, en leur donnant les clés pour naviguer avec confiance dans le système éducatif franco-ontarien.
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Photo : Les parents attentifs aux conseils lors du séminaire (Crédit : ACSO)






