« Nous ne sommes pas des habitants de la Terre, nous habitons l’atmosphère », écrivait le philosophe Emanuele Coccia dans La vie des plantes.

C’est à partir de cette réflexion que la commissaire émergente Cassandra Lesage-Fongué a conçu l’exposition collective L’air est lourd, présentée dans les galeries d’Art Windsor-Essex (AWE) jusqu’au 28 juin. Réalisé en partenariat avec le Bureau des regroupements des artistes visuels de l’Ontario (BRAVO), elle propose une immersion dans la tempête, envisagée comme un phénomène lent, continu et enveloppant.

Diplômée en architecture de l’Université de Waterloo, Cassandra Lesage-Fongué développe une pratique qui croise photographie, cinéma et design. Sa démarche interroge les notions de représentation visuelle et la vision anthropocentrique en art, tout en explorant les liens entre récit autobiographique, territoire et vivant non humain.

À travers L’air est lourd, la commissaire présente la tempête non pas comme un événement ponctuel, mais comme un système immersif, déjà en cours et inévitable. Dans le contexte de l’Anthropocène, l’orage devient une métaphore des bouleversements climatiques : une tension palpable, anticipée et en partie générée par les activités humaines.

L’exposition souligne le double rôle de tout humain, à la fois acteurs et témoins de ces transformations, et invite à réfléchir à la complexité d’un monde où les frontières entre responsables et victimes se brouillent. Par l’art, elle cherche à rendre sensible cette incertitude et la densité d’un environnement en mutation.

Le projet réunit les œuvres de quatre artistes francophones : Lisa Hirmer, Laura Demers, Hala Alsalman et Katherine Takpannie. Ensemble, elles explorent les transformations de l’atmosphère, entre interventions humaines, nuages artificiels et signes subtils de dérèglement. Leurs travaux interrogent également la fragilité climatique à travers les systèmes d’alerte, tout en imaginant des réalités post-catastrophe où se croisent mythe, anticipation et mémoire.

Les artistes

Katherine Takpannie est une artiste inuite urbaine, née à Montréal et établie à Ottawa, dont la mère est originaire du Nunavut. Photographe autodidacte, elle a reçu le Prix nouvelle génération de photographes du Musée des beaux-arts du Canada. Son travail met en lumière les réalités complexes de la vie inuite en milieu urbain et vise à sensibiliser le public à des enjeux sociaux et politiques.

Hala Alsalman, artiste et cinéaste interdisciplinaire d’origine irakienne basée à Toronto, s’appuie sur son parcours en journalisme pour explorer les questions de pouvoir, d’histoire et de genre au Moyen-Orient. Inspirée par la Mésopotamie antique, elle cherche à remettre en question les visions du futur tout en abordant des enjeux contemporains, notamment la violence d’État.

Lisa Hirmer développe une pratique interdisciplinaire qui examine les relations entre l’humain, le vivant non humain et les réalités climatiques. À travers la photographie, la sculpture et l’installation, elle propose une réflexion ancrée dans une approche à la fois artistique et sociale. Son travail a été présenté au Canada et à l’international, et elle a participé à plusieurs résidences artistiques, soutenue par divers organismes de financement.

Enfin, Laura Demers, artiste visuelle basée à Toronto, présente ses œuvres dans plusieurs institutions et espaces autogérés au pays. En parallèle de sa pratique artistique, elle agit comme commissaire et développe des projets d’exposition et des événements artistiques. Elle est également cofondatrice et membre de la galerie The plumb.

Le vernissage de l’exposition a eu lieu le 19 mars. Plusieurs activités accompagneront le projet, dont des visites destinées aux étudiants, de la maternelle jusqu’au niveau universitaire, ainsi qu’un guide numérique en français.

« Nous sommes ravis de collaborer avec des organisations comme BRAVO et de soutenir le travail de Cassandra Lesage-Fongué. À la fois introspective et ancrée dans des enjeux contemporains pressants, l’exposition maintient un équilibre entre sensibilité et urgence », souligne Nadja Pelkey, coordonnatrice de projets numériques et de partenariats à l’Art Windsor-Essex.

Photo : Cassandra Lesage-Fongué a expliqué l’idée derrière l’exposition lors de la soirée de lancement le 19 mars. (Crédit : AWE)